Carnet d’été #4 : Charge mentale et projets fantômes

La charge mentale ne vient pas seulement de la liste de courses ou des rendez-vous à ne pas oublier. Elle vient aussi de tout ce qu’on porte sans jamais l’avoir terminé : « Il faut absolument que je termine cette formation. » « Il faudrait que je reprenne le sport. » « Ce serait sympa de refaire la déco. » « J’aimerais bien terminer l’album photo. »

Et puis rien. Pas aujourd’hui. Peut-être demain.

Pourtant, ces pensées ne disparaissent pas. Elles restent ouvertes, occupent une petite place dans la tête, et mises bout à bout, finissent par alourdir considérablement la charge mentale au quotidien.

C’est le sujet du quatrième rendez-vous du Carnet d’été : sortir de sa tête, sur le papier, tous ces projets fantômes que l’on ne termine ni n’abandonne jamais.

Pourquoi l’été rend la charge mentale plus perceptible

Le reste de l’année, ces pensées inachevées se fondent dans le bruit général : les échéances, les imprévus, les journées trop pleines pour que l’on remarque un post-it de plus qui traîne. L’été, avec ses journées un peu plus lentes, change la donne. Le silence qui s’installe rend soudain plus perceptible tout ce qui tournait déjà en arrière-plan depuis des mois, parfois des années.

C’est souvent dans ce genre de moment de calme que l’on prend conscience, presque malgré soi, du nombre de choses que l’on porte sans jamais les avoir vraiment choisies ni vraiment refusées.

Une fatigue mentale qui ne vient pas du manque de sommeil

Il existe une forme de fatigue mentale particulière, qui n’a rien à voir avec les heures de sommeil. Elle vient de tout ce que l’on continue de porter dans sa tête, même lorsqu’on ne fait rien. En coaching, cette charge mentale invisible a un nom : les projets fantômes.

Ce sont tous les projets, envies, décisions ou tâches qui ne sont ni vraiment vivants, ni complètement abandonnés. Ils restent en arrière-plan, reviennent régulièrement dans les pensées, et donnent l’impression de ne jamais être à jour. Surtout, ils consomment une ressource précieuse : l’espace mental.

C’est le même mécanisme qui est à l’origine du concept de charge mentale. Cette accumulation invisible de choses à faire, à finir ou à décider, qui pèse même quand on ne s’en occupe pas activement.

La différence avec la charge mentale au sens habituel du terme, c’est que les projets fantômes ne sont pas imposés par les autres ou par le quotidien : ce sont des engagements que l’on a pris envers soi-même, à un moment donné, et jamais officiellement clôturés.

Pourquoi les petits projets inachevés pèsent plus que les grands

Le plus étonnant, c’est que ce ne sont pas forcément les grands projets qui prennent le plus de place mentale. Ce sont souvent les petits projets inachevés, reportés depuis des semaines ou des mois. Comme un post-it « cours d’aquarelle » qui traîne depuis l’année dernière, un album photo jamais terminé, une décoration jamais refaite.

En entreprise, le tri des projets se fait régulièrement : rentable ou pas, quel coût, quelle priorité. Dans la vie personnelle, ce tri n’existe presque jamais. Les projets s’accumulent, sans que l’on ne prenne jamais le temps de trancher.

Pourquoi on a du mal à renoncer à un projet

Une raison explique en grande partie cette accumulation : la peur de renoncer à un projet. Renoncer donne l’impression d’abandonner. Alors les projets restent « en vie » — pas vraiment, mais pas complètement morts non plus. Cette hésitation, cet entre-deux permanent, coûte beaucoup plus d’énergie qu’on ne l’imagine.

Ce n’est pourtant pas un problème de discipline ou d’organisation. C’est une réticence à trancher, à assumer qu’un projet ne correspond plus à qui l’on est aujourd’hui.

Il y a aussi une dimension identitaire dans cette hésitation. Abandonner le projet d’apprendre l’aquarelle, ce n’est pas seulement renoncer à une activité : c’est parfois accepter que l’on ne deviendra pas la version de soi qui avait imaginé ce projet. C’est cette petite perte, souvent silencieuse, qui rend le renoncement plus difficile qu’il n’y paraît… bien plus que la difficulté pratique de rayer une ligne sur une liste.

L’exercice de brain dump pour vider sa tête des projets fantômes

L’exercice proposé dans l’épisode est un brain dump. Cette technique d’écriture qui consiste à vider sa tête sur le papier : prendre son carnet et écrire tout ce qui occupe encore une petite place dans la tête, sans réfléchir, sans trier. Tous les « il faudrait », les « j’aimerais », les « ce serait bien », les projets commencés et jamais terminés.

L’objectif n’est pas de produire une liste organisée, mais de sortir ce qui tourne en boucle et de le rendre visible sur le papier.

Cette liste surprend souvent par sa longueur. On s’attend à y trouver deux ou trois gros dossiers. On y découvre surtout une accumulation de petites choses : un cours jamais terminé, un tiroir jamais rangé, un message jamais répondu, un rendez-vous jamais pris.

Prises séparément, chacune semble anodine. Mises bout à bout sur une même page, elles donnent une idée assez juste de la charge réellement portée au quotidien, bien au-delà de ce qu’un simple agenda pourrait montrer.

La méthode des trois colonnes pour trier ses projets inachevés

Une fois la liste posée, l’épisode propose de trier ces projets inachevés en trois colonnes :

  • 🌱 Je continue : les projets qui ont encore du sens aujourd’hui
  • ⏸️ Je mets en pause : pas maintenant, mais un choix conscient de ne plus y penser avant une date fixée
  • 🍂 Je laisse partir : parce que ce projet appartient à une ancienne version de soi, ou qu’il ne fait plus envie, ou qu’il n’est simplement plus prioritaire

Ce tri n’a rien d’un jugement. Il s’agit de remplacer l’indécision permanente par une décision claire, quelle qu’elle soit.

La colonne « je mets en pause » mérite une attention particulière : elle ne consiste pas à repousser le problème indéfiniment, comme on le faisait déjà avant l’exercice. Elle suppose de fixer une date précise à laquelle le projet sera réexaminé. Par exemple : dans trois mois, à la rentrée, l’année prochaine.

Cette date change tout : elle transforme une pensée qui revient sans cesse en un rendez-vous fixé, que l’on peut désormais laisser tranquille jusque-là.

Alléger sa charge mentale : une question de décision, pas d’organisation

Alléger sa charge mentale ne consiste pas toujours à être plus organisée. Parfois, cela consiste à prendre une décision : continuer, mettre en pause, ou laisser partir. Et la dernière option est souvent celle que l’on s’autorise le moins.

Pourtant, renoncer à un projet qui ne ressemble plus à la personne que l’on est devenue, ce n’est pas un échec. C’est parfois la seule façon de faire de la place pour quelque chose de plus juste.

Comment faire cet exercice de brain dump dès aujourd’hui

Pour faire cet exercice de journaling en entier, guidée pas à pas, l’épisode complet est à écouter ICI.

Un carnet, quelques minutes, et une page pour enfin poser ce qui n’avait jamais trouvé sa place.

En résumé :

  • Les projets ni terminés ni abandonnés occupent un espace mental réel, même quand on n’y pense pas activement
  • Ce sont souvent les petites choses reportées, plutôt que les grands projets, qui pèsent le plus
  • Un exercice simple type brain dump permet de sortir tout ce qui occupe la tête, sans trier ni juger
  • Trier chaque projet en trois colonnes (continuer, mettre en pause, laisser partir) remplace l’indécision par une décision claire

À la semaine prochaine pour le cinquième rendez-vous de la série Carnet d’été par Ma cohérence.

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